Essai de traduction : Lorn Song of the Bachelor

Lorn Song of the Bachelor Cover

Pris comme je le suis dans des traductions majoritairement alimentaires, j’ai décidé de me lancer dans quelques essais bénévoles sur des extraits de textes que j’appréciais particulièrement, en commençant par des jeux de rôle et ce pour plusieurs raisons : parce que leurs auteurs ont un style bien à eux que j’aimerais faire découvrir aux personnes fuyant l’anglais, et parce que c’est aussi un plaisir de stylisticien que de se confronter à d’autres modes d’écriture – une façon de tordre sa propre langue pour explorer des lieux inattendus.

Le premier auteur que je veux mettre en avant s’appelle Zedeck Siew, un auteur malaisien qui, s’il n’officie pas uniquement sur des textes rôlistes, s’aventure tout de même régulièrement dans des cadres de jeu inspirés de sa culture natale. Les mondes qu’il dépeint échappent par leur ambiance et leurs thèmes aux stéréotypes occidentaux qui étouffent le genre, et sa plume toute en concision se marie parfaitement avec cet idéal de précision évocatrice qui a fait le sel de certains livres de la mouvance Old School Renaissance (OSR).

Voici donc quelques courts extraits choisis (et pas trop spoilant) du module Lorn Song of the Bachelor (Le chant solitaire du vieux célibataire), édité chez Hydra Cooperative et inspiré par une légende du Sarawak.

En amont du fleuve, à quatre jours de bateau

Les hommes qui vivent ici s’appellent les Nageoires qui luisent et leurs terres sont connues pour trois particularités.

Un : l’agaru rêveur.

Certains arbres renferment des âmes d’oiseaux. Leur cœur donne un encens puissant aux notes de balsamine et de pluie, aux accents de prophétie véritable, qui vaut cinq fois son poids en or.

Deux : la Vieille Ruine.

Parmi les citadelles opulentes de l’ancien Empire des Singes, beaucoup n’ont jamais été cartographiées. C’est sans doute le cas de la Vieille Ruine, dont l’entrée est entourée de têtes de macaques ricanantes.

Trois : le Célibataire.

Tous ici craignent le fleuve depuis des centaines d’années. Ils craignent le Célibataire. […] Un crocodile blanc, long comme cinq hommes. À la manière d’un banc de sable échoué là depuis toujours, il attend dans l’eau, les écailles pâles de son dos recouvertes de plantes grimpantes.

Et c’est à cet instant qu’il jaillit.

On l’appelle le Célibataire car il est le dernier de son espèce, le seul crocodile à encore arpenter le fleuve. Tous les autres ont disparu.

Les dessins délicats de Nadhir Nor contribuent également à l’ambiance de cette aventure

Le commerce de l’agaru

Ce bois résineux et tendre, qu’on appelle agaru rêveur, forme le cœur d’un arbre et renferme l’âme d’un oiseau. Il rêve de liberté – c’est d’ailleurs pour cela qu’il sent si bon et pousse les hommes à le changer en fumée.

Son encens évoque le vent porteur de pluie, le vin de girofle ou le souvenir d’un amour fané.

C’est une denrée chère. La Compagnie paie les renifleurs 1 pa l’once. Ailleurs, cette même once s’achètera 5 po.

Et une denrée difficile à trouver. Les renifleurs de tradition négocient avec les esprits oiseaux, Parlent aux plantes et reniflent littéralement les troncs. Les prospecteurs de la Compagnie disposent d’une méthode plus efficace : la Localisation d’objet.

Les tours de l’Empire des Singes

D6 graines de singes des vignes. Viables. Font jaillir des serviteurs aux allures de majordome engoncé. Qu’ils rencontrent des singes des vignes sauvages et ils apprendront la révolte.

Rencontres dans la Vieille Ruine

2 Le raclement de l’émail : un golem de crocs, dents de reptile assemblées en une masse humaine. Laissez-le vous attraper et il vous mastiquera tout entier.

4 Rugissement de gazouillis et battements d’ailes : un essaim de martins-pêcheurs. Les autres créatures ont la sagesse de garder leur calme pour les laisser passer. Et vous ?

7 Un flou dans l’air comme un effet de chaleur : une évocation nostalgique. Donnez-lui un souvenir heureux et il s’allume comme une lampe. Votre écot de bonheur est parti pour toujours.

Liens

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Courte critique en français sur le site Les Archives de Donjon & Cie.

Le site de Nadhir Nor.

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